J'étais amoureuse d'un sale gamin.
Lâchant pour la énième fois mon téléphone portable au milieu d'un amas de couvertures, je me recroquevillai un peu plus dans mon lit, tentant de lutter contre ce froid qui me mordait à chaque seconde un peu plus fort, bien qu'il fût une chaleur à crever dans l'alcôve.
Les frissons qui me parcouraient n'étaient que le fruit de mon pauvre esprit torturé, un no man's land où gisait ça et là les quelques cadavres de mes brèves lueurs d'espoir.
Pourtant, il m'était clairement apparu que tout ça n'avait pas la moindre importance. Les douleurs intestinales qui m'assaillaient depuis plusieurs semaines étaient directement liées à ma carrière professionnelle, et n'avaient strictement aucun rapport avec ce gamin égoïste et prétentieux. J'avais fini par comprendre quelles étaient mes vraies préoccupations, mes authentiques soucis, à savoir mes études et mon avenir. Le reste, et les désagréments sentimentaux y compris devaient impérativement être relégués au second plan.
Alors pourquoi m'évertuais-je sans arrêt à espérer ou craindre le moindre de ses faits et gestes, la plus petite de ses attentions ?
Dans quel but accordais-je tant d'importance à ce qu'il pouvait bien advenir de nous ? Nous ? Y avait-il seulement eu un nous ?
Je contractais sans le moindre doute une fâcheuse dépendance à Monsieur PHL, et pour ne rien arranger, celle-ci en était déjà à un stade dangereusement avancé. Je souffrais d'une tumeur de manque, d'un cancer d'amour généralisé, en plein milieu d'un coeur déjà maintes fois meurtris.
Lui était d'une étonnante froideur, d'une impensable cruauté, me laissant agoniser dans une posture peu avantageuse, guettant la plus petite miette de considération qu'il me ferait l'honneur de me jeter. Mes vaines tentatives d'adopter une attitude hautaine à mon tour étaient mortes dans l'oeuf, j'avais bien trop peur que Monsieur PHL ne se joue de mon indifférence et même ne l'accueille avec un "Ah, bon débarras". Après tout, n'avait-il déjà pas sa petite cour d'admiratrices, toujours prêtes à le divertir lorsque qu'il claquait des doigts ?
J'en avais moi-même fait les frais, de temps en temps, quand l'angoisse de perdre sa confiance m'avait poussée à ravaler ma douleur et jouer la comédie, il ne faudrait tout de même pas l'ennuyer, voyons !
A présent je souffrais trop, il m'avait tuée de l'intérieur, consumée à même le coeur, brûlée à vif. Depuis presque un an je jouais les poupées de chiffon, retenue par des fils de marionnette qu'il s'amusait à faire bouger dans tous les sens, au rythme de ses sautes d'humeur et ses caprices d'adolescent. La jalousie dont il avait fait preuve ces derniers jours avait fini par me donner le coup de grâce. Revigorée par l'illusion qu'il me portait en sympathie, j'avais resserré un peu plus mon étreinte, sans comprendre que seul son ego avait été blessé. Après tout, Monsieur PHL ne peut pas se permettre de perdre ses fidèles, c'est très mauvais pour l'image. Pardon ? S'il s'était attaché à moi ? Haha', mais vous n'y pensez pas, PHL ne s'attache à personne, c'est un loup en cavale, un éternel solitaire...
Mais Elle était apparue. Elle semblait une rivale de taille, car Elle semblait avoir retenu son attention plus que toutes les autres courtisanes. Comble de l'horreur, Elle semblait même susciter son admiration. Ah ! C'était trop...
Si Monsieur PHL voulait s'amuser à mes dépens, il était temps d'inverser la tendance. Si j'ignorais encore quelle réaction pouvait provoquer chez lui la perte d'une de ses louangeuses, j'aurais très vite la réponse à toutes mes questions...
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